Sabine Sicaud: Poèmes de l'enfant
Le petit cèpe (fragment)
Va, je te reconnais, jeune cèpe des bois...
Au bord du chemin creux, c'est bien toi que je vois
Ouvrant timidement ton parapluie.
A-t-il plu cette nuit sur la ronce et la thuie?
Déjà, le soleil tendre essuie
Les plus hautes feuilles du bois...
Tu voulais garantir les coccinelles?
Il fait beau. Tu seras, jeune cèpe, une ombrelle,
L'ombrelle en satin brun d'un roi de Lilliput
Ne te montre pas trop, surtout... Le chemin bouge...chut!
Fais vite signe aux coccinelles!
Des gens sont là, dont les grands pieds viennent vers toi.
On te cherche, mon petit cèpe...
Que l'ajonc bourdonnant de guêpes,
Le genièvre et le houx cachent les larges toits
De tes aînés, les frères cèpes,
Car l'un mène vers l'autre et la poêle est au bout!
Voici qu'imprudemment tout un village pousse:
Rouge et couleur de sang, vert et couleur de mousse,
Girolle en bonnet roux,
Chapeaux rouges, verts, blonds, partout,
Les toits d'un rond village poussent!
Depuis l'oronge en oeuf, le frais pâturon blanc
Doublé de crépon rose,
Jusqu'au méchant bolet qu'on appelle Satan,
Je les reconnais tous, les joyeux, les moroses,
Les perfides, les bons, les gris, les noirs, les roses,
Tes cousins de l'humide automne et du printemps...
Mais c'est pour toi, cher petit cèpe, que je tremble!
Tu n'es encore qu'un gros clou bien enfoncé;
Ta tête a le luisant du marron d'Inde et lui ressemble.
Surtout, ne hausse pas au revers du fossé
Ta calotte de moine! on te verrait... je tremble.