Sabine Sicaud: Poèmes de l'adolescence


La vieille femme de la lune

 
On a beaucoup parlé dans la chambre, ce soir. 
Couché, bordé, la lune entrant par la fenêtre, 
On évoque à travers un somnolent bien-être, 
La vieille qui, là-haut, porte son fagot noir. 
 
Qu'elle doit être lasse et qu'on voudrait conna”tre 
Le crime pour lequel nous pouvons tous la voir 
Au long des claires nuits cheminer sans espoir! 
 
Pauvre vieille si vieille, est-ce un vol de bois mort 
Qui courbe son vieux dos sur la planète ronde? 
Elle a très froid, qui sait, quand le vent souffle fort. 
Va-t-elle donc marcher jusqu'à la fin du monde? 
 
Et pourquoi dans le ciel la tra”ner jusqu'au jour! 
On dort... Nous fermerons les yeux à double tour... 
Lune, laisse-la donc s'asseoir une seconde.